dimanche 23 novembre 2008

Symphonie diagonale

Une bien intéressante découverte pour moi que cette symphonie-là, celle de la musique contemporaine. Oh bien sûr l'accès n'en est pas forcément évident et j'ai encore quelques réticences auditives à l'égard de certaines techniques, mais, comme en toutes choses, lorsqu'on commence à comprendre on est au minimum intéressé et on peut même apprécier. Et cette musique-là a quelquechose qui me fait friser de bonheur les moustaches que je n'ai pas, comme un petit vent de liberté qui souffle tout d'un coup.

Tout commence sur une plage que je crois bretonne, à cause de cette lumière très particulière, de ces reflets d'argent sur les vagues. J'apprendrai plus tard qu'elle l'est en effet. La Symphonie Diagonale est un road-movie musical, une création d'Alexandros Markeas (pour la musique) et Lionel Escama (pour la partie cinématographique). Elle nous fait voyager dans l'espace, dans les traditions et dans la perception de la musique, elle nous invite même à participer à sa propre création. De la Crête à la Bretagne, en passant par la Provence, elle nous permet de rencontrer des musiciens d'exception traditionels ou contemporains qui nous expliquent leur rapport à la leur art, à l'instrument, leurs relations avec les autres musiciens. Il y a un échange perpétuel entre le documentaire, les musiciens du film, l'orchestre sur la scène (l'ensemble Sillage sous la direction de Renaud Déjardin), qui jouent soit alternativement, soit ensemble, soit se répondant l'un à l'autre (à noter la performance exceptionnelle du pianiste Vincent Leterme qui est à la fois dans le film et sur scène et joue parfois avec lui-même en un duo étourdissant). Qu'on se le dise, la musique contemporaine ce ne sont pas juste des bruits, limite discordants, il faut être un musicien exceptionnel pour que ce soit audible ! La scène du film ou Vincent Leterme découvre la partition de la Symphonie Diagonale et commence à s'y essayer sur sa table de jardin est à cet égard révélatrice...



Nous découvrons ainsi successivement Stelios Petrakis, jeune joueur de Lira crétois (qu'est-ce que c'est beau la lira !), à la fois musicien et luthier, nous faire une démonstration étourdissante et nous expliquer parallèment qu'il aime contrôler le processus musical d'un bout à l'autre, c'est pourquoi il a commencé à fabriquer ses propres instruments, non pas pour produire le meilleur son possible, mais pour produire le son qui lui convienne le mieux. Nous écoutons aussi l'un de ses professeurs, Ross Daly, s'inquiétant pour l'avenir des musiques modales à cause de l'uniformisation des modes de vie de nos sociétés (pas faux ça...) et à qui on avait demandé de continuer à jouer jusqu'à ce qu'il forme un successeur afin que le savoir-faire ne se perde pas, brrr la musique qui disparaît ça me fait froid dans le dos.



Nous partons ensuite en Provence à la rencontre de Barre Phillips, contrebassiste, jazzman et improvisateur, qui n'a jamais supporté les carcans de la musique classique et a passé des heures à toucher son instrument sous tous ses angles, les yeux fermés, pour en connaître les moindres résonnances (dans cette partie on a droit à une improvisation magnifique entre Barre Phillips à la contrebasse et Alexandros Markeas au piano, avec un crescendo fantastique dans la puissance du jeu - je ne sais pas si c'est clair ce que je raconte, m'enfin j'me comprends - s'cusez (comme dirait ma mère) je ne suis pas une pro de la musique contemporaine et le vocabulaire a l'air un peu obscur).



Le voyage se termine avec Annie Ebrel, (en photo ici avec Alexandros Markeas) une chanteuse traditionnelle bretonne, qui anime les Festou-Noz en chantant le Kan-Ha-Diskan ou des gwerz. Elle nous parle de la relation entre la musique et le terroir, expliquant qu'elle ne pourrait pas chanter autre chose aussi bien, parce qu'il lui manquerait ce petit supplément d'âme qu'elle explique par l'attachement au terroir dans ce qu'il a de plus noble. Elle évoque aussi l'ouverture vers les autres musiques qui n'a pas été aussi évidente pour elle, il lui a fallu s'ouvrir vraiment à l'autre pour que la fusion soit totale, accueillir un peu de l'autre, donner un peu de soi pour créer quelquechose de nouveau, ce n'est pas une démarche facile quand on a un tel attachement à la tradition. Mais c'est un tel enrichissement quand on y arrive !
Le spectacle finit par une jolie mise en abyme encore accentuée par le fait que le cinéaste était dans la salle et filmait le spectacle...

Je pense que le voyage ne fait que commencer pour moi, j'ai encore bien des choses à découvrir dans ce domaine passionnant, j'ai déja appris qu'au-delà de la mélodie il y a le son et qu'au-delà du son il y a encore la vibration, un peu comme le souvenir de la musique, un air un peu plus léger...

2 commentaires:

Peter a dit…

Oui, il faut tout faire pour défendre la musique en général, la vraie création et la musique régionale (ancienne ou moderne) en particulier. … comme toute la culture régionale !

Avec la musique contemporaine, on n’apprécie pas tout très facilement, mais il faut toujours essayer. C’est ce que tu as fait ! … et on peut avoir des bonnes « surprises » !

Mélisse a dit…

Peter> Absolument et puis les gens passionnés savent de toutes façons tellement bien nous entraîner dans leur univers...